Madame Marie-Louise Elisabeth de Lamoignon épouse Molé de ChamplatreuxLe Père Placide Levé, jésuite, qui fut son premier biographe, écrivait en 1857 : " Très jeune, elle préféra aux plaisirs brillants qui attiraient ses soeurs une vie retirée et studieuse. La prière était le principal attrait et le plus cher aliment de son âme... L'étude était sa plus grande occupation. Son esprit vif et pénétrant s'ouvrait sans peine à toutes les connaissances. Elle cultivait les arts avec le même succès et le même goût. Balbâtre, élève de Rameau, en était dans l'admiration et il venait chez elle non plus, disait-il, pour la perfectionner dans l'art du clavecin mais pour l'entendre jouer et s'exercer avec elle ". Tendre et sensible, sa délicatesse de cour tempère une certaine impatience, une difficulté de se plier aux volontés des autres. Elle écrira un jour : " Je désire qu'on ait des estimes et des égards pour moi. La contradiction m'irrite. J'ai été si longtemps entourée de personnes qui semblaient n'être occupées qu'à aller au-devant de mes besoins, de mes désirs, que cela m'a gâté le caractère. " Monseigneur de Pancemont la reconnaît " très sensible, avec toutes les richesses, les excès, les dangers d'un tel tempérament ". Mais dans le même temps, il est impressionné par sa nature "forte, généreuse, capable des plus dures et des plus grandes entreprises ", et par la qualité de son jugement solide et sain plein de " sagesse et de bonté ". Si l'amour reste la clé de toute la vie de Louise-Elisabeth, et si elle parle de la vie religieuse comme de l'engagement dans une " carrière toujours douce à ceux qui savent aimer de la charité de Jésus Christ ", ses lettres laissent deviner les combats qui furent les siens pour n'être plus un jour que " cire molle à laquelle l'Esprit donne la forme qu'Il veut " (Lettre de 1816).
Edouard-Molé de ChamplatreuxAprès le choc brutal causé par la mort de François-Edouard, la plaie vive de son cour se cicatrisera tout doucement, mais pas une journée ne s'écoulera sans que Louise-Elisabeth, devenue Mère Saint-Louis, pense devant Dieu à son époux. " Tous les jours, je renouvelle à Dieu le sacrifice de l'original, avoue-t-elle à son fils, en lui remettant le portrait de son père. Que ne l'avez-vous connu davantage... vous sentiriez plus vivement encore le malheur de l'avoir perdu. Quel cour, mon ami, il avait ! Celui de votre mère n'a que trop su l'apprécier. " Dans son testament, elle écrit en 1810 : " En me séparant de vous, mes chers enfants, pour m'ensevelir dans une retraite profonde, j'ai fait à Dieu le plus grand sacrifice " et le courrier qu'elle leur adressera tout au long de sa vie ne démentira jamais cette tendresse.
Mère Saint-LouisDans le Cour du Crucifié, elle perçoit l'amour immense, sauveur mais désarmé du Père : " J'ai tendu mes mains à longueur de jour vers ceux qui suivent le chemin qui n'est pas bon, qui sont à la remorque de leurs propres pensées." (Isaïe 65). Souffrant de la souffrance des hommes, elle souffrait aussi de celle de Dieu. Et Dieu mit en elle sa propre réponse : " L'Esprit-Saint a allumé en moi un incendie d'Amour ".
Son attachement à Jésus Crucifié se retrouve dans la passion qu'elle porte à l'Eucharistie. " Sacrement où sont contenues toutes les richesses de la miséricorde, où réside la plénitude de la divinité même... Je voudrais y conduire avec moi, tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre. " Elle y renouvelait chaque jour l'offrande d'elle-même, communiant aux sentiments du Christ Jésus, lui qui " ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout " (Jean 13,1).
Louise-Elisabeth invite ses Soeurs à " considérer Marie comme le modèle sur lequel nous devons nous former ", ne la séparant jamais de son Fils, ni de sa mission. Sa piété mariale ira le plus souvent vers Marie au pied de la croix. Marie des Douleurs qui, " malgré la tendresse de son coeur, consentit au sacrifice et à la mort de son Fils... ", Marie de la Compassion, proche de tous les calvaires du monde, " pleine de zèle pour les intérêts de Dieu et le salut des hommes ".