Abbaye de Rhuys dans le Morbihan en Bretagne sud, soeurs de la charité de Saint-Louis- retour à l'accueil
Madame Marie-Louise Elisabeth de Lamoignon épouse Molé de Champlatreux
Louise-Elisabeth a grandi dans une famille où les traditions chrétiennes étaient fortement ancrées. On remarquait, surtout chez les femmes de sa lignée, un amour peu commun de Jésus Christ dans la personne des pauvres, une spiritualité centrée sur le mystère de la Croix, une grande sensibilité de conscience, une haute idée de la sainteté de Dieu. La famille de Lamoignon était " une de celles où l'on ne semble né que pour exercer la justice et la bienfaisance... " dira Fléchier en 1677, dans l'oraison funèbre de Guillaume de Lamoignon, grand Président du Parlement de Paris. Louise-Elisabeth saura accueillir et faire fructifier cet héritage.

Le Père Placide Levé, jésuite, qui fut son premier biographe, écrivait en 1857 : " Très jeune, elle préféra aux plaisirs brillants qui attiraient ses soeurs une vie retirée et studieuse. La prière était le principal attrait et le plus cher aliment de son âme... L'étude était sa plus grande occupation. Son esprit vif et pénétrant s'ouvrait sans peine à toutes les connaissances. Elle cultivait les arts avec le même succès et le même goût. Balbâtre, élève de Rameau, en était dans l'admiration et il venait chez elle non plus, disait-il, pour la perfectionner dans l'art du clavecin mais pour l'entendre jouer et s'exercer avec elle ". Tendre et sensible, sa délicatesse de cour tempère une certaine impatience, une difficulté de se plier aux volontés des autres. Elle écrira un jour : " Je désire qu'on ait des estimes et des égards pour moi. La contradiction m'irrite. J'ai été si longtemps entourée de personnes qui semblaient n'être occupées qu'à aller au-devant de mes besoins, de mes désirs, que cela m'a gâté le caractère. " Monseigneur de Pancemont la reconnaît " très sensible, avec toutes les richesses, les excès, les dangers d'un tel tempérament ". Mais dans le même temps, il est impressionné par sa nature "forte, généreuse, capable des plus dures et des plus grandes entreprises ", et par la qualité de son jugement solide et sain plein de " sagesse et de bonté ". Si l'amour reste la clé de toute la vie de Louise-Elisabeth, et si elle parle de la vie religieuse comme de l'engagement dans une " carrière toujours douce à ceux qui savent aimer de la charité de Jésus Christ ", ses lettres laissent deviner les combats qui furent les siens pour n'être plus un jour que " cire molle à laquelle l'Esprit donne la forme qu'Il veut " (Lettre de 1816).


Epouse et mère

François-Edouard de Molé, père de Marie Louise Elisabteh de LamoignonEdouard-Molé de Champlatreux
" Mes parents m'unirent à l'homme le plus vertueux comme aussi le meilleur. "
Le Père Levé voyait dans ce mariage l'ouvre de la Providence : " Ce mariage peut être regardé comme une des grâces les plus signalées que reçut Madame Molé " . Passer du milieu protégé de son adolescence à une société mondaine éprise d'intrigues et de futilités lui permit, en effet, de s'affirmer. Entraînée dans le tourbillon mondain, elle en connut les dangers. Tout en assumant les obligations de sa position - la fortune des époux Molé était immense - elle fit, en accord avec son mari, le choix d'une simplicité de vie et du service des pauvres. À Paris surtout, la pauvreté et la misère atteignaient des proportions effarantes. " Agissant ainsi, elle suivait d'abord un penchant de son cour et les inspirations de sa foi, mais elle obéissait en même temps à un besoin de réaction et de protestation publique et active... que lui inspirait le spectacle d'une société courant aux abîmes avec une fureur de plaisir, une légèreté d'esprit et de cour... depuis longtemps inégalées ". (D'après le Marquis de Ségur, Vie de Madame Molé, 1880).

Après le choc brutal causé par la mort de François-Edouard, la plaie vive de son cour se cicatrisera tout doucement, mais pas une journée ne s'écoulera sans que Louise-Elisabeth, devenue Mère Saint-Louis, pense devant Dieu à son époux. " Tous les jours, je renouvelle à Dieu le sacrifice de l'original, avoue-t-elle à son fils, en lui remettant le portrait de son père. Que ne l'avez-vous connu davantage... vous sentiriez plus vivement encore le malheur de l'avoir perdu. Quel cour, mon ami, il avait ! Celui de votre mère n'a que trop su l'apprécier. " Dans son testament, elle écrit en 1810 : " En me séparant de vous, mes chers enfants, pour m'ensevelir dans une retraite profonde, j'ai fait à Dieu le plus grand sacrifice " et le courrier qu'elle leur adressera tout au long de sa vie ne démentira jamais cette tendresse.





Saisie par l'Amour du Christ Rédempteur

Mère Saint-Louis
" Je suis fille de la Croix... et quoi qu'il s'en faille bien que je l'ai toujours portée comme je l'aurais dû, cependant, je l'ai toujours aimée. "
Pour Louise-Elisabeth, l'attachement à Jésus Crucifié fut la voie par laquelle, très tôt, elle entra dans l'intelligence du Mystère de l'Amour Rédempteur. Les malheurs du temps eux-mêmes la ramenaient à la Croix. La Terreur et son cortège d'atrocités et d'injustices, la persécution dont l'Eglise était frappée, mettaient sous ses yeux d'autres chemins de croix, et c'était encore le même Christ qu'elle voyait bafoué, rejeté.

Dans le Cour du Crucifié, elle perçoit l'amour immense, sauveur mais désarmé du Père : " J'ai tendu mes mains à longueur de jour vers ceux qui suivent le chemin qui n'est pas bon, qui sont à la remorque de leurs propres pensées." (Isaïe 65). Souffrant de la souffrance des hommes, elle souffrait aussi de celle de Dieu. Et Dieu mit en elle sa propre réponse : " L'Esprit-Saint a allumé en moi un incendie d'Amour ".

Son attachement à Jésus Crucifié se retrouve dans la passion qu'elle porte à l'Eucharistie. " Sacrement où sont contenues toutes les richesses de la miséricorde, où réside la plénitude de la divinité même... Je voudrais y conduire avec moi, tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre. " Elle y renouvelait chaque jour l'offrande d'elle-même, communiant aux sentiments du Christ Jésus, lui qui " ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout " (Jean 13,1).

Avec Marie.

Louise-Elisabeth invite ses Soeurs à " considérer Marie comme le modèle sur lequel nous devons nous former ", ne la séparant jamais de son Fils, ni de sa mission. Sa piété mariale ira le plus souvent vers Marie au pied de la croix. Marie des Douleurs qui, " malgré la tendresse de son coeur, consentit au sacrifice et à la mort de son Fils... ", Marie de la Compassion, proche de tous les calvaires du monde, " pleine de zèle pour les intérêts de Dieu et le salut des hommes ".